Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 12:33

Cet endroit sera normalement dédié à mes fictions, des petites (plus ou moins selon les cas) histoires que j'ai écrites. Elles peuvent être des reprises de livres existants ou totalement imaginaires.
Si ma vie vous intéresse (mes pauvres) rendez-vous sur => http://lolou-siphone.over-blog.com/


~ Bonne Lecture ~


Par Lolou - Publié dans : Présentations - Communauté : petite histoires
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 12:46

           S-O-L-I-T-U-D-E

 

Huit petites lettres, qui pourtant parviennent à effrayer des générations entières. Etrange ? Pas vraiment. La fille, là, elle aussi a peur de ces mots. Ces lettres qui semblent se rapprocher d’elle, ces formes vers lesquelles elle dirige ses pas, chaque fois qu’elle avance vers son futur. Elle en a peur. Mais impossible de reculer. Alors elle pleure. Elle crie. Mais sa voix ne sort pas. Toute son âme hurle, demande au temps un délai, un instant de pause, de cesser sa marche ininterrompue vers une fatalité inconnue à une pauvre fille même pas adulte. Certes, la mort l’angoisse, mais moins que cet assemblage de huit lettres. Comment supporter cela, quitter tout ce qu’elle a jusque là connu ? Tout ça pour devenir grande, pauvre ? Pour se marier si un pauvre être perdu l’accepte un jour ? Pour finir caissière dans une ville lointaine… Loin de sa famille… de ses amis… ?

La solitude la paralyse. Elle l’empêche de respirer correctement, accélère son pouls… La fille se met à trembler, elle tremble tant qu’elle se mord la langue par ses claquements de dent incontrôlables. Elle tente de se calmer. 1, 2, 3. Respire. Calme-toi. Cesse de penser. Cerveau, tais-toi… Comme toujours, enterre ces pensées…

Mais cette fois les tremblements continuent. S’accentuent. Elle ne peut plus s’arrêter, ne peut même plus parler pour demander de l’aide. Personne ne vient. Ses parents, ses amis, son propre cœur, tout lui manque en cet instant. Plus que la douleur, du plus profond de son âme, le désespoir s’empare d’elle. Les huit lettres l’ont eue.

Elle ne tente même plus de lutter. Son pouls accélère encore. Elle se laisse tomber. Les tremblements continuent. Elle s’en fiche. Elle ne sent plus rien. Ses sens l’ont abandonné, comme tout ce à quoi elle tenait jusque là. Elle ne souhaite qu’une chose… la délivrance… le repos… enfin…

La jeune fille tremble encore un moment, puis cesse de bouger. Elle meurt. Coupée en huit. Totalement immobile. Totalement seule.

 

Une sonnerie retentit. Pur réflexe, son bras vient frapper le réveil. Hélène se relève dans son lit, tremblante. Choquée par son rêve, elle tente de se lever, mais ses jambes ne la portent pas. Ses pensées cachées, révélées par le rêve, prennent possession d’elle. Ne supportant plus son malaise, son angoisse quotidienne, ses larmes intérieures, le nœud de son ventre se faisant cruellement sentir en ce moment… Elle appelle ses parents. Leur conte son rêve. Le conte à ses amis. Ses parents l’emmènent voir un psychiatre pour adolescents. Il la laisse parler, lui donne du magnésium et prend un rendez-vous pour un mois plus tard. Hélène n’est pas dépressive. Seulement atteinte du même mal que beaucoup de jeunes de notre époque. Quelque part, elle en est soulagée. Après tout, elle n’est pas si seule…

En sortant de sa consultation, Hélène se sent angoissée, se souvenir de son rêve et le conter n’a pas été facile. Son portable sonne. « Marie ». Elle décroche. Elle raconte. Elle tremble. Elle pleure. Elle part les retrouver au parc, juste au-dessus, en courant. Que c’est bon de les retrouver ! Pour combien de temps encore ? Peu importe après tout. Ils sont là. C’est l’essentiel… non ?

 

Lolou ~

Par Lolou - Publié dans : Oneshot Fic - Communauté : petite histoires
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 12:48


C'est toujours le matin toujours

Tu me reviens

Le sourire invincible

 

C'est toujours le matin toujours

Comme un coup de poing

Ton sourire est terrible

 

Moi je suis enroulé sur moi même

J'ai mal au bide

Enroulé comme un tube de dentifrice vide

 

Oui je t'ai attendu toute la nuit

Comme un chien stupide

Oui je t'ai attendu attendu Hé !

 

Une nuit. Ça paraît long, comme ça. Mais en fait c'est bien plus long que ce qu'on peut croire. Je t'attendais, patiemment, sur le seuil de la porte. Une heure. Deux. Trois. J'ai cessé de compter à partir de dix. De dix huit heures à neuf heures du matin, j'ai attendu. Chaque pas faisait naître en moi un espoir, mais bien vite je me rendais compte que les claquements sur le sol m'étaient inconnus. Et l'espoir se taisait. Et l'attente reprenait.

Mais tu es rentrée. Enfin. La porte s'est ouverte, tu étais plus belle que jamais dans la lumière du soleil levant, légèrement décoiffée, dans ta robe rouge vif. Tu es entrée. Ton regard a rencontré le mien.

 

Ne souris pas, ne souris pas

Ne me dis pas cette fois

Qu'il t'a aimé comme trois

 

Épargne moi, épargne moi

Ne me tue pas cete fois

Ne me dis pas qu'il t'a fait tout ça

 

Et mes yeux qui t'ont aimé toujours

Viennent encore demander

Quelques miettes de tendresse

 

Mêmes si tes habits puent l'amour

Même si ton corps est tapissé

De toutes ses caresses.

 

Ton sourire éclatant illumine l'entrée. Tu t'assieds sur le canapé, juste à côté de moi. Ton corps chaud, même à travers ta robe, se colle au mien. De ta voix douce, tu Contes ta nuit. Lui. Ses yeux. Son corps. Sa sensualité. Et même plus... Je me rapproche encore de toi, tu me caresse doucement la tête, et tu racontes... tu racontes... Les images ne cessent de défiler devant mes yeux, ton odeur m'enivre... Mais la sienne est là aussi, bien moins agréable...

 

Je te suis jusqu'à la salle de bains

Tu ne me regardes pas

Ton cœur brule désormais entre ses mains

Le mien vole en éclats

 

J'imagine ses gros doigts

Qui défilent sur toi

Comme une armée de soldats

Qui tendrait le bras droit

 

Mais ton regard part, loin de la maison, loin de moi. Tu te lèves, comme en transe. Je te regarde t'éloigner, me lève également et te suis. Tu ne me remarque pas. L'eau coule. Tu chantes. C'est beau. La mélodie déchire mon coeur. Une larme coule. Elle sèche immédiatement. Mais en moi les larmes forment des torrents de S... Par ta faute, Sylvie...

 

C'est toujours pas très loin

qu'il éteint le moteur

Qu'il étreint tes lèvres

et qu'il s'installe dans ton corps

 

C'est toujours le matin

toujours à la même heure

Je m'habille de ténèbres

Tu éclabousses de bonheur

 

Le moteur retentit... Tu sors précipitament de la douche, fonce en haut. Je reste au pied des escaliers. Il entre. Me voit. Me salue : "Bonjour le chien". Et il monte. Je sors. Il devrait être reparti à mon retour... et toi avec, ma douce maîtresse... ma Sylvie...

 

Paroles : C'est Toujours le Matin - Cali


 

 Une Song-fic est une fiction écrite à partir des paroles d'une chanson.

 

Lolou ~

Par Lolou - Publié dans : Song Fic - Communauté : petite histoires
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 13:48
1.


 - C’est encore loin chez ton grand-père ?
 - Ne t’en fais pas, plus que deux heures de voyage, répondis-je.
 - Elora, ne commence pas ! prévint ma mère.
  Nous étions déjà dans la voiture depuis trois heures, dans la chaleur de Juillet. Ilies, comme moi, commençait à trouver le temps long. Nous avions épuisé tous les sujets de conversation possibles depuis à peu près une heure. Tout ça pour aller chez un mort ! Quelle connerie, les testaments. Tout ce que ça entraîne, ce sont des tensions dans une famille qui ne se supporte déjà pas.
 Nous allions en effet à la maison de mon grand père, dans une campagne perdue à environ 200 kilomètres de ma ville natale chérie (et de toute chose qu’on pourrait qualifier de moderne d’ailleurs). Mes parents m’avaient autorisée à inviter Ilies, mon ami d’enfance, afin de passer le temps. Car bien sûr, hors de question que je noue une quelconque amitié avec mes cousins ! Par chance, Ilies vouait un véritable culte à la nature sauvage. Autant dire qu’il allait être servi.

  C’était là tout le problème, d’ailleurs : mes cousins et leurs parents. Le testament de mon défunt grand-père laissait la moitié de sa fortune (assez conséquente) à partager entre mes deux tantes, alors qu’il laissait l’autre moitié à ma mère seule. Bien sûr, cela ne leur convenait pas. Ils voulaient donc en discuter avec un notaire dans la maison, afin d’apprécier toute la fortune de papy eux-mêmes. Ne sachant pas si les négociations dureraient une semaine ou un mois, ils avaient refusé de me laisser seule à la maison, c’est pourquoi j’étais avec Ilies en train de cuire dans cette minuscule voiture sans climatisation. Devant nous, mes parents ne cessaient de préparer leurs arguments, se les répétant l’un à l’autre :
 - Hors de question de ne leur céder rien qu’un pourcentage de la fortune !
 - Bien sûr, chérie, et hors de question qu’ils emmènent le buffet que je souhaite avoir dans mon bureau.
 - Ah non, nous n’avons pas la place de l’emmener, Eric.
 - Quoi ? Mais ça fait des mois que je te dis que j’en ai besoin !
  Et ça continuait comme ca, depuis trois heures. Lorsque, par miracle, ils cessaient de se disputer sur la nature que prendrait l’héritage, ma mère en profitait pour me mettre en garde contre les enfants de ses sœurs, Léandre et Masaru. Je connaissais bien la mère de Masaru, Tante Eugénie, la seule qui prêtait attention à nous, les enfants, lors de l’enterrement de grand-père, et son fils m’avait paru appréciable. Tante Leila, la mère de Léandre, ne m’avait en revanche prêté aucune attention et son fils était absent, je ne le connaissais donc pas. Mais je me méfiais des dires de ma mère, qui à mon avis ne cherchait qu’à éviter toute liaison pouvant lui faire perdre une partie de l’héritage.
 Ilies eut la bonne idée de sortir son baladeur, et nous nous occupâmes avec pendant le reste du voyage.

 - Arrivés ! dit enfin mon père. Vous voyez que ce n’était pas si long !
  La maison de grand-père était incroyable. Sur trois étages, elle était couverte de fenêtres et s’élevait tel une grande tour dans le ciel bleu azur. Tante Eugénie vint nous accueillir, suivie de son fils et de son mari. Léandre et ses parents étaient partis en ballade, et rentreraient dans quelques heures. Après un bonjour relativement froid pour les adultes, surtout de la part de mes parents, et un salut timide pour les jeunes, Tante Eugénie nous fit entrer et visiter la maison.
 Nous entrions par le garage, qui prenait la moitié du rez-de-chaussée, l’autre moitié étant occupée par la chambre de Masaru et celle de ses parents, placées côte à côte. Un escalier, placé devant la chambre de Tante Eugénie, montait au premier étage, débouchant directement sur le salon. Une cuisine à l’américaine était placée à la gauche de l’escalier et en face se tenait un couloir, donnant à droite sur la chambre qu’Ilies allait partager avec Léandre et, à gauche, sur la chambre de Tante Leila et son mari. Au bout de ce couloir, un dernier escalier montait jusqu’à un autre couloir. La chambre de mes parents était à droite, avec vue sur la route et les champs, et la mienne, située à gauche de l’escalier, me donnait la vue sur le jardin. Elle était située juste au-dessus de la véranda, et s’il n’y avait eu les magnifiques plantes vertes, on aurait sans peine pu atteindre le jardin en sautant. Spacieuse, le lambris clair et les murs jaunes lui donnaient un air de fête.
 J’étais enchantée de cette chambre spacieuse et si jolie, surtout qu’apparemment nous allions devoir y rester un certain temps. Ilies et moi y restâmes jusqu’au dîner, profitant de la magnifique vue tout en écoutant son baladeur jusqu’à ce que ses seules piles tombent en rade, nous privant de toute distraction.

Par Lolou - Publié dans : Léandre & Elora - Communauté : petite histoires
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 13:54
2.


  Ma mère nous appela à table une demi-heure plus tard, et nous descendîmes. Tante Leila, son mari et son fils étaient revenus, et nous allâmes leur dire bonsoir.
 Au moment de saluer Léandre, je stoppais net. Son visage bronzé, comme s’il revenait de pays exotiques, était arrêté dans la même expression de stupeur que moi, ses yeux bleus accrochés aux miens, et je sentis une connexion s’établir entre nous. La pièce devint étouffante, tout bruit de conversation avait disparu. Il n’y avait que nous, un homme et une femme, se fixant comme s’ils pouvaient voir l’un en l’autre. Je détaillais ses sourcils noirs, de la même teinte que ses cheveux, relevés dans une expression de surprise, ses lèvres pâles entrouvertes, et son regard azur si profond, si envoutant.
 Nous restâmes ainsi ce qui me parut une éternité, et ce fut lui qui détourna les yeux le premier. Nous marmonnâmes un vague « salut », et j’allais me placer à côté d’Ilies, de l’autre côté du salon. Celui-ci, ayant remarqué notre moment d’arrêt, avait pris soin de nous cacher aux adultes durant les cinq secondes qu’avait duré notre regard. Il fit semblant de me faire la conversation, afin de cacher mon trouble à ma mère, ce dont je lui fus très reconnaissante. Je ne suivis rien des conversations de la soirée, concentrée à tenter de ne pas fixer Léandre, mais dérapant souvent. Je remarquais à cette occasion qu’il faisait de même, mais décidais de ne pas tenter d’expliquer ce comportement dans mon état d’esprit actuel. La seule chose dont je puis être sûre concernant cette soirée, c’est que je ne m’attardais pas longtemps après le dîner, et prétextant la fatigue j’allais me coucher très rapidement.

  Je restais longtemps dans mon lit, couchée sur le côté, yeux fixés sur la fenêtre laissée ouverte à cause de la chaleur, contemplant les étoiles. Une chose était sûre, ce malaise qui m’avait prise n’était aucunement dû aux histoires de ma mère comme quoi Léandre était quelqu’un d’infréquentable. Non, si je n’avais pu détacher mon regard de lui, ce n’était pas par peur. J’en étais convaincue. J’étais amoureuse.
 Cette certitude m’arracha un grand sourire, et je revis celui de Léandre riant à table à une plaisanterie de mon père, à laquelle je n’avais rien compris. Un malaise me prit lorsque je réalisais la réaction de ma mère si jamais elle l’apprenait, mais il était mineur comparé à ma peur que mes sentiments ne soient pas partagés. Ainsi tourmentée, je ne tombais que dans un demi-sommeil, et ce fut sans peine que des coups frappés à ma fenêtre me réveillèrent.

  J’ouvris les yeux, toujours tournés vers la fenêtre, et vis une silhouette tapotant d’un doigt contre ma vitre. Je sursautai, allumai ma lampe de chevet et reconnus Léandre, monté sur une échelle appuyée au mur de la maison. J’éteignis aussitôt ma lampe, de peur d’éveiller mes parents, et allai à la fenêtre qui par chance s’ouvrait vers l’intérieur.
 - Bon sang, mais qu’est-ce-que tu fais là ?
 - Je me suis dit qu’une petite promenade me permettrait de dormir, et d’oublier le magnifique visage découvert aujourd’hui et qui me hante, mais j’y ai renoncé en passant devant ta fenêtre.
 - Tu vas te rompre le cou, entre, lui dis-je en m’écartant, mais il m’attrapa le bras d’un geste vif et me retint.
 - Non, je ne veux pas réveiller tes parents, et s’ils entrent tu pourras juste fermer ta fenêtre et faire comme si de rien n’était !
 - D’accord, mais évite de gigoter et de tomber en ce cas, parvins-je à dire, malgré les balbutiements qui m’avaient pris au contact de sa main.
 - Dis tout de suite que je ne suis qu’un maladroit, s’offusqua-t-il.
 - Qui a renversé la sauce de viande tout autour de son assiette tout à l’heure ?
 - Est-ce ma faute si une charmante créature, n’osant me regarder, attirait toute mon attention ? demanda-t-il, un air de pleine innocence sur le visage.
  Je détournais le regard et un silence s’installa. J’étudiais le papier peint avec attention (jaune pâle, parsemé de vaguelettes orangées dans lesquelles j’imaginais des animaux exotiques), refusant de parler la première. C’était lui qui était venu me rendre visite après tout !
 - T’ai-je offensée ? me demanda-t-il, inquiet.
 - Bien sûr que non, répondis-je, toujours sans tourner le regard vers lui, mais me diras-tu la raison de cette visite ?
 - Je te l’ai dit, j’ai eu une soudaine envie de te voir.
 - Ne crois pas t’en tirer comme ca. Pourquoi mon cousin voudrait-il me voir, moi sa cousine, en pleine nuit et sous peine d’enfermement si ses parents le découvrent ? lui demandais-je, fixant toujours les murs de ma chambre.
 - Ta fameuse intuition féminine ne te le susurre-t-elle pas ? Il n’y a pas cent raisons pour un homme de venir toquer à la fenêtre d’une femme en pleine nuit.
 - Sauf que je ne suis pas une femme, je suis ta cousine !
 - Cela ne t’empêche nullement d’être une femme.
 - Mais ça devrait t’empêcher de vouloir venir me voir en pleine nuit.
 - Peut-être bien, sauf que… Mais pourquoi ne me regardes-tu pas ? demanda-t-il, irrité.
  Je ne répondis pas tout de suite, fixant maintenant mon bras, toujours empoigné par sa main froide. Voyant du coin de l’œil que Léandre tentait de rencontrer mon regard, je baissais le mien sur mes pieds pour l’éviter.
 - Réponds-moi, chuchota-t-il.
  Je pris mon courage à deux mains, inspirai et répondis :
 - Je ne saurais plus avancer d’argument logique si je te regarde en face.
 - Pourquoi donc ? demanda mon cousin d’une voix surprise.
 - Comme si tu l’ignorais, ne te fiche pas de moi, m’énervais-je en relevant malencontreusement les yeux vers lui.
  Son regard azur, plus beau encore que quelques heures auparavant car éclairé par la lune, était surpris et peiné. Il s’éclaira, scintillant telles les étoiles filantes dans le ciel de juillet qui nous surplombait, en rencontrant le mien. Je ne pus résister à cette vision, et lui avouai en m’empourprant un peu plus à chaque mot :
 - Tes yeux sont magnifiques, je perds tous mes moyens devant eux.
  Il parut surpris, puis sur son visage apparut un large sourire.
 - Pour de vrai ? demanda-t-il.
  Lentement, il se pencha en avant, ses yeux ne quittant pas les miens. Ses lèvres effleurèrent les miennes, tendrement, avant de s’écarter. Nous nous fixâmes un moment, envoûtés, jusqu’à ce qu’un bruit dans le couloir nous fit sursauter. Je m’immobilisai, cessant de respirer, toute mon attention dirigée sur la porte de ma chambre. Des pas se rapprochaient. Léandre descendit les échelons, formant les mots « à demain » sur ses lèvres et m’envoyant un baiser de loin tout en récupérant l’échelle. Puis il disparut derrière les fourrés, en moins d’une minute. Je me précipitais silencieusement jusqu’à mon lit, me couchais et me tournai vers le mur.
 Les pas s’arrêtèrent un instant devant ma porte, puis continuèrent leur chemin vers les toilettes, au bout du couloir. Je poussai un soupir de soulagement et me retournais vers la fenêtre. Fixant les étoiles, je fermais les yeux et mon esprit retournait auprès de Léandre, sans qu’aucun pas ne vienne nous déranger cette fois.

Par Lolou - Publié dans : Léandre & Elora - Communauté : petite histoires
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